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Le gras n'est plus qu'une simple préoccupation de femmes! Il dérange beaucoup d'hommes.
vol1.8-3
Par Leigh Cohn
coauteure de Making Weight: Men's Conflicts with Food, Weight, Shape and Appearance
Traduit et adapté par Nicole Larivée

Le gras n'est plus qu'une simple préoccupation de femmes! Ces dernières années, les troubles de la conduite alimentaire, les distorsions d'images corporelles, les problèmes d'exercices à outrance et l'obésité ont pris des proportions endémiques chez les hommes. Longtemps perçus comme des "affaires de femmes", ces désordres sont maintenant l'affreux secret de millions d'hommes. Ces derniers sont la moitié plus nombreux qu'il y a 10 ans à venir consulter pour des problèmes d'ordre alimentaire, et selon les experts ce ne serait que la pointe de l'iceberg.

"Les hommes qui souffrent de ces "troubles féminins" se sentent "étiquetés" et ils sont peu enclins à venir chercher de l'aide", explique le docteur Arnold Andersen1 qui a coécrit le premier livre sur les hommes et leurs préoccupations au sujet de la nourriture, du poids et de l'image corporelle. Il y a eu négligence dans tout cela parce que les cliniciens n'ont tout simplement pas cru que les hommes pouvaient être les sujets de tels problèmes et de leur côté les victimes éprouvaient une certaine gêne à en parler. C'est une situation doublement critique, qui tend heureusement à se corriger. Les gens finiront bien par reconnaître que les hommes aussi font face à ce genre de difficultés, ils les vivent tout simplement à leur façon à eux. Quand la honte et l'inavouable seront choses du passé, tout ira mieux pour ces hommes."

Il y a seulement 10 ans, le sexe masculin représentait 10% des personnes souffrant de troubles de l'alimentation. Des études récentes ont démontré que ce pourcentage est passé à 16% et qu'il semble continuer de croître. Dans le passé, les recherches ignoraient pour ainsi dire l'existence de ces hommes. Même l'American Psychiatric Association comptait parmi ses critères de diagnostic de la maladie l'"absence de menstruations pendant trois mois consécutifs". "N'est-ce pas ridicule? Comment pensez-vous que réagissent les hommes qui doivent répondre à une question aussi absurde? demande le docteur Andersen, directeur du programme de traitement des troubles de l'alimentation et professeur de psychiatrie à l'université de l'IOWA. Il n'est pas étonnant que peu d'entre eux soient prêts à rechercher une aide professionnelle."


L'homme d'aujourd'hui fait face à une forte pression sociale en faveur d'un corps mince et musclé. Les torses nus s'étalent sur les panneaux-réclames et les couvertures de magazines comme le Time et le Men's Journal, pourtant réputés comme étant des revues ordinaires. Les hommes veulent avoir des abdominaux taillés au couteau et pourtant la plupart n'ont pas un poids-santé, ne mangent pas des repas équilibrés et ne font pas assez d'exercices. Si 80 % des femmes souhaitent perdre du poids, et bien un pourcentage comparable d'hommes ne sont pas satisfaits de leur image corporelle. Il est également intéressant de noter qu'un nombre égal d'hommes veulent autant gagner du poids - en muscles - qu'en perdre. Pour les 95 % de ceux qui se mettent au régime et ne parviennent pas à perdre du poids à long terme et pour la grande majorité de ceux qui ne peuvent se comparer aux mannequins de leur sexe, il en résulte une piètre image corporelle, un sentiment de médiocrité sur le plan sexuel, une pauvre estime de soi et une propension aux troubles alimentaires. Certains se tournent vers la chirurgie plastique. En 1997, les hommes ont dépensé 130 millions de dollars en traitements de liposuccion, en injections antirides, en implants pectoraux et en opérations de reconstruction du pénis.

Il existe aussi un type de désordre propre aux hommes, qu'on appelle la "dysmorphie corporelle". Il s'agit en quelque sorte du contraire de l'anorexie. Ceux qui en souffrent ont l'impression qu'ils ne parviendront jamais à avoir un corps suffisamment "bâti" ou musclé. Tout comme les anorexiques émaciées qui se regardent dans le miroir et se voient grosses, ces modèles parfaits de culturisme se trouvent décharnés. En outre, l'hyperphagie est une maladie courante chez les deux sexes, et les hommes qui font de l'exercice à outrance présentent plusieurs des caractéristiques propres aux anorexiques.

Le docteur Thomas Holbrook, coauteur du livre Making Weight, s'est trouvé aux prises avec un problème d'exercices compulsifs et un trouble de comportement alimentaire. "Je courais 15 milles par jour et je ne mangeais que des galettes de riz", raconte celui-ci qui est maintenant guéri et qui est le directeur des services cliniques de l'hôpital Rogers Memorial dans le Wisconsin, le seul centre résidentiel aux États-Unis où l'on traite les hommes touchés par des troubles de l'alimentation. "Lorsque je souffrais d'anorexie, se rappelle-t-il, jamais on n'a diagnostiqué ma maladie. Même à la Clinique Mayo, aucun spécialiste n'a soupçonné qu'il s'agissait d'un problème alimentaire. Il va de soi que je niais complètement mon état. Après tout, n'étais-je pas un psychiatre spécialisé dans le traitement des désordres alimentaires?"


Les cliniciens commencent à en savoir plus sur les traitements spécifiques selon les sexes et sur les caractéristiques propres à chacun quand il est question de troubles alimentaires et d'image corporelle. Grâce à des programmes distincts conçus pour les hommes, on peut mieux aborder les questions d'ordre sexuel et biologique qui les concernent et on peut aussi mieux les aider en leur proposant, par exemple, des cours d'entraînement physique et de nutrition. Les groupes de soutien qui leur sont réservés permettent aux hommes d'exprimer plus ouvertement les émotions qu'ils partagent.

Le public est de plus en plus sensibilisé aux préoccupations des hommes face à leur apparence. L'acteur Billy Bob Thornton a récemment fait état de ses problèmes d'anorexie nerveuse dans Inside Edition et le cas d'un athlète étudiant, mort des suites de cette maladie, a été relaté sur les ondes de HBO. La chirurgie plastique au masculin, dont il est notamment question dans Making Weight, a fait l'objet d'un reportage aux nouvelles diffusées en soirée, et il semble en résulter un effet semblable à celui qui s'est produit il y a 20 ans lorsque les femmes ont commencé à parler de la boulimie.

Le terme "boulimie" a désormais fait partie du langage quotidien, deux ans après la première publication sur le sujet en 1980, cosignée par Leigh Cohn, l'une des trois auteurs de Making Weight. "La même histoire se répète avec les désordres alimentaires chez les hommes, explique cette dernière. Avant le début des années 1980, la majorité des femmes qui vivaient des épisodes d'orgies alimentaires et se faisaient vomir se croyaient seules au monde à avoir un tel comportement. Elles craignaient de révéler leur secret, d'autant plus que les thérapeutes étaient peu au courant de ce trouble de l'alimentation nouvellement défini." Ainsi que Leigh Cohn le souligne, "Soudainement le sujet est devenu à l'honneur dans les livres et les magazines, dans les entretiens et dans les films diffusés au petit écran." Pendant une brève période, les femmes en étaient presque venues à parler de leur boulimie avec fierté. Il y a maintenant plus de 500 publications sur le sujet, mais dans les dix dernières années, seul un essai clinique a abordé la question des troubles alimentaires chez les hommes, celui écrit par le docteur Andersen.

Ce dernier estime que plus de 25 % des personnes qui souffrent de désordres de la conduite alimentaire sont des hommes. "Ceux-ci seront bientôt plus nombreux à se manifester et la nouvelle qu'eux aussi sont affectés par le problème ne tardera pas à se répandre." Et lorsque le grand public aura admis que les troubles de l'alimentation se conjuguent autant au masculin qu'au féminin, les hommes qui en souffrent pourront enfin avoir accès au soutien et au traitement dont ils ont besoin.




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